Le développement de modalités de prise en charge « hors les murs » en psychiatrie a profondément transformé l’organisation des soins. Face aux limites de l’hospitalisation complète, de nouveaux dispositifs ont émergé pour intervenir au plus près du lieu de vie des personnes. Parmi eux, les équipes mobiles en psychiatrie et l’hospitalisation à domicile psychiatrique (HAD) sont parfois confondues, tant elles partagent un objectif commun de continuité des soins. Pourtant, ces deux dispositifs reposent sur des logiques profondément différentes, tant sur le plan juridique que clinique et organisationnel. Comprendre ces différences est essentiel pour orienter correctement les personnes concernées et structurer les parcours de soins.
Différences fondamentales entre équipes mobiles et HAD psychiatrique
Nature juridique et organisationnelle
Les équipes mobiles en psychiatrie sont des dispositifs souples, sans statut juridique unique. Elles sont le plus souvent rattachées à un secteur de psychiatrie ou à un établissement de santé et s’inscrivent dans les projets territoriaux de santé mentale (PTSM). Leur fonctionnement repose majoritairement sur des interventions hors prescription médicale formelle, à la demande de professionnels ou de partenaires.
À l’inverse, l’hospitalisation à domicile (HAD) psychiatrique constitue une modalité d’hospitalisation à part entière, encadrée par le code de la santé publique. Elle nécessite une prescription médicale et relève exclusivement d’un établissement d’HAD autorisé par l’agence régionale de santé.
La différence clé réside dans le statut : l’HAD est juridiquement une hospitalisation ; l’équipe mobile ne l’est pas.
Objectifs principaux
Les équipes mobiles ont pour vocation d’aller vers des personnes éloignées des soins, de prévenir les ruptures de parcours, d’éviter ou de retarder une hospitalisation et de faciliter l’accès aux dispositifs de droit commun. Leur intervention se situe fréquemment en amont ou en aval d’une hospitalisation.
L’HAD psychiatrique, quant à elle, vise à assurer des soins intensifs à domicile, en alternative à une hospitalisation complète. Elle maintient un cadre thérapeutique hospitalier structuré, tout en évitant l’hébergement en établissement.
Les équipes mobiles s’inscrivent dans une logique d’accès et de transition ; l’HAD correspond à une phase de soins intensifs.
Publics concernés
Les équipes mobiles s’adressent prioritairement à des personnes en non-recours ou en rupture de soins, souvent en situation de précarité, présentant des troubles psychiques sévères parfois non stabilisés. L’intervention peut débuter sans consentement explicite initial, dans le strict respect du cadre légal et avec une recherche progressive de l’adhésion.
L’HAD psychiatrique concerne des patients dont l’état clinique est compatible avec des soins à domicile. Le consentement est requis, et l’environnement matériel, social et familial doit être suffisamment stabilisé pour garantir la sécurité et la continuité des soins.
Temporalité et intensité
Les interventions des équipes mobiles sont ponctuelles ou répétées, avec une durée variable et une intensité modulable selon l’évolution de la situation. Il n’existe pas de cadre normé de fréquence ou de durée.
L’HAD psychiatrique s’inscrit dans une temporalité limitée et contractualisée. Les passages sont fréquents, programmés, et les soins médicaux et infirmiers réguliers. Les objectifs cliniques sont précisément définis et évalués.
Place de l’entourage et des partenaires
Les équipes mobiles accordent une place centrale à la coordination interprofessionnelle. Elles travaillent étroitement avec le champ social, le médico-social, l’éducation, et parfois l’entreprise. Leur rôle de médiation et de traduction entre univers professionnels est déterminant.
En HAD psychiatrique, l’entourage est principalement impliqué dans la logistique et le quotidien. La coordination est centrée sur l’équipe soignante hospitalière, avec un rôle plus limité de médiation institutionnelle.
En résumé
Les différences entre équipes mobiles et HAD psychiatrique peuvent être résumées ainsi : les équipes mobiles ne relèvent pas de l’hospitalisation, ne nécessitent pas systématiquement de prescription médicale, visent l’accès aux soins et la prévention des ruptures, s’inscrivent dans une temporalité souple et accordent une place centrale au social.
À l’inverse, l’HAD psychiatrique correspond à une hospitalisation à part entière, prescrite médicalement, centrée sur des soins intensifs, dans un cadre temporel encadré et avec un consentement requis.
Conclusion
Si équipes mobiles et HAD psychiatrique partagent une intervention hors les murs, elles répondent à des logiques radicalement différentes. Les équipes mobiles constituent un levier essentiel de prévention, de médiation et de continuité des parcours, là où l’HAD s’inscrit dans une séquence de soins hospitaliers intensifs à domicile. Les opposer n’a donc pas de sens : leur complémentarité est au contraire un enjeu majeur pour une psychiatrie plus accessible, plus graduée et mieux articulée aux réalités de vie des personnes.
Documentation
Ministère de la Santé – L’hospitalisation à domicile (HAD)
ARS – Hospitalisation à domicile (HAD) : acteurs et prises en charge
Service Public – Hospitalisation à domicile (HAD)
ARS – Contrat Territorial de Santé Mentale de PARIS (CTSM 75)
Questions-Réponses
L’HAD en psychiatrie est-elle une hospitalisation ?
Oui. L’hospitalisation à domicile est une forme d’hospitalisation, encadrée par le code de la santé publique et mise en œuvre par un établissement autorisé.
Une équipe mobile en psychiatrie doit-elle être prescrite par un médecin ?
En règle générale, non : l’intervention des équipes mobiles relève de dispositifs territoriaux souples, souvent déclenchés à la demande de professionnels partenaires. À l’inverse, l’HAD nécessite une prescription médicale.
Quel est l’objectif principal d’une équipe mobile, par rapport à l’HAD ?
L’équipe mobile vise surtout l’accès aux soins, la prévention des ruptures et la gestion amont/aval des situations complexes ; l’HAD vise des soins intensifs à domicile dans un cadre hospitalier structuré.
Le consentement est-il requis dans les deux cas (équipe mobile et HAD) ?
En HAD, l’intervention se fait sur prescription et dans un cadre organisé où l’adhésion du patient et l’environnement adapté sont attendus ; les équipes mobiles peuvent parfois intervenir dans une logique d’accrochage progressif, en recherchant l’alliance.
Quand privilégier l’HAD plutôt qu’une équipe mobile ?
Lorsque l’état clinique nécessite des soins réguliers et coordonnés, comparables à une hospitalisation, avec un cadre de suivi programmé et des objectifs cliniques formalisés.
Pourquoi ces deux dispositifs – équipe mobile et HAD – sont-ils souvent confondus ?
Parce qu’ils interviennent « hors les murs » et peuvent tous deux contribuer à éviter ou raccourcir une hospitalisation complète. La différence centrale tient au statut : l’HAD est une hospitalisation ; l’équipe mobile ne l’est pas.

