Les troubles psychiques chez les adolescents connaissent une augmentation préoccupante : anxiété, dépression, conduites à risque, troubles du comportement, idées suicidaires et décrochage scolaire sont de plus en plus fréquemment observés. Ces situations mettent à l’épreuve des dispositifs souvent cloisonnés entre le soin, l’école et le social. Les réponses exclusivement hospitalières ou strictement scolaires montrent rapidement leurs limites, en particulier lorsque l’adolescent refuse les soins ou se trouve dans une dynamique de rupture.
Dans ce contexte, les équipes mobiles spécialisées en psychiatrie de l’adolescent se sont développées pour intervenir au plus près des lieux de vie, sans imposer une rupture supplémentaire. Cet article présente leur cadre d’intervention et en illustre le rôle à travers un exemple de terrain.
Les équipes mobiles spécialisées adolescents : cadre et spécificités
Définition et inscription dans l’organisation des soins
Les équipes mobiles spécialisées adolescents sont rattachées à la pédopsychiatrie publique. Elles s’inscrivent dans l’organisation de la psychiatrie de secteur et dans les projets territoriaux de santé mentale (PTSM). Leur spécificité tient à leur positionnement à l’interface du sanitaire, du scolaire, du social et parfois du judiciaire, lorsque la situation de l’adolescent mobilise plusieurs champs simultanément.
Missions principales
Leurs missions consistent à évaluer des situations complexes, intervenir précocement en cas de crise, prévenir les hospitalisations complètes, souvent vécues comme traumatisantes, et soutenir les familles comme les professionnels de première ligne. Elles interviennent là où les dispositifs classiques ne parviennent plus à créer d’alliance.
Composition et posture professionnelle
Ces équipes sont pluridisciplinaires, associant pédopsychiatre, psychologue, infirmier, éducateur et travailleur social. Leur approche est fondamentalement développementale, attentive aux enjeux propres à l’adolescence. Une vigilance particulière est portée au consentement, à la construction de l’alliance et au respect de la temporalité adolescente.
Exemple d’intervention d’une équipe mobile spécialisée adolescents : récit de terrain
Situation initiale : un adolescent en rupture progressive
Boubacar, seize ans, est en situation de décrochage scolaire depuis plusieurs mois. Il s’isole, présente des troubles du comportement et adopte des conduites à risque. Les tensions sont fortes au sein de la famille, marquée par un sentiment d’impuissance. L’établissement scolaire alerte, tout comme l’Aide sociale à l’enfance (ASE), qui s’inquiète d’un possible passage à l’acte. Boubacar refuse explicitement toute consultation psychiatrique. Le risque d’une hospitalisation en urgence est évoqué.
L’appel à l’équipe mobile spécialisée
Face à cette situation bloquée, le collège sollicite l’équipe mobile spécialisée adolescents, en lien avec un Centre médico-psychologique (CMP). La demande est formulée autour du refus de soins et de la dégradation globale de la situation. Des échanges préalables permettent de cadrer l’intervention. Les parents sont informés et associés, tout en respectant la place de l’adolescent.
Description de l’intervention
La première rencontre se déroule dans un lieu non médicalisé, au sein de l’établissement scolaire. La posture de l’équipe repose sur l’écoute, l’absence de contrainte et la reconnaissance du vécu de Boubacar. Des temps distincts sont organisés avec l’adolescent, les parents et les professionnels.
L’évaluation est à la fois clinique et psychosociale. Les difficultés sont mises en mots sans pathologisation excessive. L’intervention permet un apaisement des tensions et la co-construction de pistes d’accompagnement adaptées.
La suite de l’intervention
Des propositions progressives sont formulées : suivi ambulatoire, soutien éducatif, aménagements scolaires. Le lien avec Boubacar est maintenu. La coordination entre les acteurs est renforcée. L’hospitalisation complète est évitée. La situation se stabilise progressivement, avec un relais vers les dispositifs de droit commun.
Enseignements tirés de l’exemple
Apports des équipes mobiles adolescents
Cet exemple illustre l’intérêt d’une intervention précoce, la réduction des situations de crise aiguë et le soutien apporté aux familles et aux institutions, souvent démunies face au refus de soins.
Limites et points de vigilance
Ces dispositifs s’inscrivent dans une temporalité parfois longue et nécessitent un maillage territorial solide. L’articulation entre protection, soin et autonomie de l’adolescent reste délicate et demande une grande finesse clinique.
Conclusion
Les équipes mobiles spécialisées en psychiatrie de l’adolescent jouent un rôle clé dans la prévention des ruptures de parcours. Complémentaires de la pédopsychiatrie classique et de l’école, elles répondent à des situations où l’enjeu n’est pas seulement le soin, mais le maintien des équilibres. Leur reconnaissance institutionnelle et leurs moyens conditionnent leur capacité à agir durablement, au croisement de la santé mentale, du parcours scolaire et de l’inclusion sociale.
Documentation
OMS – Santé mentale des adolescentes et des adolescents
CHU de Strasbourg – Equipe mobile de pédopsychiatrie pour adolescents (EMPA)
EPSM de la Somme – Equipe mobile de pédopsychiatrie
Questions-Réponses
Qu’est-ce qu’une équipe mobile spécialisée en psychiatrie de l’adolescent ?
C’est une équipe pluridisciplinaire rattachée à la pédopsychiatrie, qui intervient hors les murs (école, domicile, lieux tiers) pour évaluer et accompagner des situations complexes, souvent marquées par un refus de soins ou une rupture de parcours.
Dans quelles situations ces équipes sont-elles sollicitées ?
Lors de décrochage scolaire, isolement, troubles du comportement, conduites à risque, tensions familiales majeures, ou risque de passage à l’acte, lorsque les réponses habituelles (école, CMP, urgences) ne suffisent pas à créer une alliance.
Qui peut solliciter une équipe mobile adolescents ?
Selon les territoires : un CMP, un service de pédopsychiatrie, l’établissement scolaire, l’ASE, un service éducatif ou un professionnel de santé, avec un cadrage préalable et l’association des responsables légaux.
L’équipe mobile peut-elle imposer une prise en charge à l’adolescent ?
Non. L’intervention privilégie l’alliance, la progressivité et le respect du consentement. En cas de danger grave et immédiat, les circuits d’urgence relèvent d’autres cadres (urgences, SAMU, hospitalisation).
Ces équipes remplacent-elles la pédopsychiatrie de secteur ou le CMP ?
Non. Elles interviennent en complément, pour débloquer une situation, sécuriser un passage de relais, et organiser une continuité vers le suivi de droit commun.
Quels sont les points de vigilance les plus fréquents ?
Une temporalité parfois longue, la disponibilité variable selon les territoires, et une articulation délicate entre protection, soin, scolarité et autonomie progressive de l’adolescent.

