La cognition sociale au travail et en formation s’avère essentielle. Comprendre les attentes implicites, interpréter les comportements d’autrui, participer à une réunion ou ajuster sa communication à un contexte professionnel mobilisent des mécanismes cognitifs complexes. Pourtant, les difficultés de cognition sociale sont souvent réduites à un manque de savoir-être ou à un défaut relationnel. En réalité, elles peuvent être liées à des particularités neurodéveloppementales, à des troubles psychiques, à une surcharge émotionnelle ou à des environnements professionnels fortement implicites.
Qu’est-ce que la cognition sociale ?
La cognition sociale au travail et en formation correspond à l’ensemble des mécanismes cognitifs permettant de comprendre les situations sociales et d’interagir avec autrui. Elle ne se limite pas à la communication ou à l’intelligence émotionnelle. Elle mobilise la perception des signaux sociaux, l’interprétation des intentions, la compréhension des normes implicites et l’adaptation relationnelle.
Les capacités de cognition sociale permettent notamment :
- d’identifier les émotions d’autrui ;
- d’interpréter les expressions faciales ou le ton de la voix ;
- de comprendre des sous-entendus ;
- d’anticiper les réactions sociales ;
- de gérer les conversations et les interactions collectives ;
- d’ajuster son comportement à un contexte relationnel.
Ces mécanismes reposent sur plusieurs réseaux cérébraux impliquant notamment le cortex préfrontal médian, l’amygdale et la jonction temporo-pariétale.
La cognition sociale dépend fortement du contexte. Les normes implicites, les habitudes relationnelles et les attentes professionnelles influencent la manière dont les comportements sont interprétés.
Les interactions sociales représentent également une charge cognitive importante. Les échanges permanents, les ambiguïtés relationnelles ou la nécessité de décoder des implicites peuvent générer une fatigue sociale significative.
Cognition sociale et travail : des environnements fortement implicites
Le travail contemporain repose largement sur des compétences relationnelles implicites. Les salariés doivent coopérer, interpréter des attentes non verbalisées, gérer des interactions complexes et s’adapter à des normes sociales souvent peu explicitées.
Certaines activités mobilisent particulièrement la cognition sociale :
- travail en équipe ;
- relation client ou usager ;
- management ;
- négociation ;
- animation de réunions ;
- coordination collective.
Les environnements professionnels peuvent cependant devenir cognitivement très exigeants :
- open spaces et interactions permanentes ;
- réunions longues et ambiguës ;
- communication informelle omniprésente ;
- culture d’entreprise implicite ;
- pression relationnelle ;
- injonction au « savoir-être ».
Certaines personnes rencontrent alors :
- des difficultés à comprendre les sous-entendus ;
- une surcharge sociale importante ;
- des maladresses relationnelles involontaires ;
- une difficulté à décoder les attentes implicites ;
- un épuisement lié aux interactions.
Ces situations peuvent entraîner des conflits relationnels, un isolement professionnel, une perte de confiance ou une désinsertion professionnelle progressive.
Cognition sociale et formation
Les apprentissages mobilisent fortement la cognition sociale. Les apprenants doivent comprendre les attentes pédagogiques implicites, participer à des travaux collectifs et gérer des interactions sociales parfois complexes.
Certaines difficultés apparaissent fréquemment :
- incompréhension des attentes implicites ;
- difficulté dans les travaux de groupe ;
- anxiété relationnelle ;
- difficulté à demander de l’aide ;
- surcharge sociale dans les interactions collectives.
Les environnements numériques créent également de nouveaux enjeux :
- réduction des indices non verbaux en visioconférence ;
- ambiguïtés des échanges écrits ;
- fatigue lors des visio ;
- surcharge relationnelle numérique.
Une pédagogie accessible sur le plan relationnel suppose :
- une explicitation des attentes sociales ;
- une clarification des règles implicites ;
- une structuration des interactions collectives ;
- des modalités de participation diversifiées ;
- une accessibilité cognitive et sociale des échanges.
Les évaluations orales ou collectives peuvent également créer des biais importants lorsque les compétences relationnelles implicites prennent le dessus sur les compétences réellement évaluées.
Troubles de la cognition sociale et handicap invisible
Les difficultés de cognition sociale peuvent apparaître dans de nombreuses situations de handicap invisible.
Dans l’autisme, la compréhension des implicites sociaux, des sous-entendus ou des normes relationnelles peut fonctionner différemment. Certaines personnes autistes développent des stratégies de camouflage social très coûteuses cognitivement.
Le TDAH peut également influencer la régulation sociale : impulsivité verbale, difficulté à ajuster certaines interactions ou surcharge relationnelle.
Les troubles psychiques jouent aussi un rôle important :
- anxiété sociale ;
- retrait relationnel dans la dépression ;
- difficultés de cognition sociale dans certains troubles schizophréniques ;
- fluctuations relationnelles dans les troubles bipolaires.
Les troubles neurologiques peuvent également modifier les comportements sociaux :
- traumatisme crânien ;
- AVC frontal ;
- maladies neurodégénératives (maladie d’Alzheimer, maladie de Parkinson…) ;
- atteintes frontales.
Certaines maladies chroniques invisibles provoquent aussi une fatigue sociale importante et une diminution des capacités de régulation émotionnelle.
Cognition sociale, inclusion et accessibilité relationnelle
Les difficultés de cognition sociale sont souvent interprétées négativement :
- « il manque de savoir-être » ;
- « elle n’est pas adaptée socialement » ;
- « il ne comprend pas les codes ».
Ces jugements confondent conformité aux normes implicites et compétence professionnelle réelle.
L’accessibilité cognitive et sociale permet de réduire ces obstacles :
- clarification des attentes relationnelles ;
- explicitation des implicites ;
- sécurisation des interactions ;
- limitation des ambiguïtés sociales ;
- reconnaissance de la diversité des modes relationnels.
Certaines compensations sont particulièrement utiles :
- scénarios sociaux explicites ;
- feedbacks structurés ;
- préparation des situations sociales ;
- médiation relationnelle ;
- clarification des règles implicites.
Une organisation moins fondée sur les sous-entendus bénéficie souvent à l’ensemble des salariés et des apprenants.
Management, numérique et surcharge sociale
Le management joue un rôle essentiel dans la prévention de la surcharge relationnelle. Les managers peuvent :
- expliciter les attentes sociales ;
- clarifier les feedbacks ;
- éviter les sous-entendus ;
- sécuriser les interactions professionnelles ;
- reconnaître la diversité des modes relationnels.
Le numérique transforme profondément les interactions sociales professionnelles. Les échanges écrits rapides, les visioconférences permanentes et les hyper-sollicitations relationnelles augmentent la fatigue sociale.
Les réseaux sociaux professionnels renforcent également certaines normes implicites et les phénomènes de comparaison sociale permanente.
L’intelligence artificielle crée de nouveaux enjeux relationnels :
- interactions avec des IA conversationnelles ;
- automatisation de certaines communications ;
- nouvelles normes relationnelles numériques ;
- surcharge interactionnelle.
Prévenir la surcharge sociale
Préserver les capacités de cognition sociale suppose d’agir à plusieurs niveaux.
Certaines stratégies individuelles peuvent être utiles :
- clarification active des attentes ;
- préparation des interactions ;
- routines sociales professionnelles ;
- gestion de la fatigue sociale ;
- feedbacks explicites.
Les aménagements organisationnels restent cependant essentiels :
- explicitation des règles implicites ;
- temps de récupération sociale ;
- limitation des interactions inutiles ;
- sécurisation des communications professionnelles ;
- médiation relationnelle lorsque nécessaire.
En formation, les consignes relationnelles explicites, les modalités de participation diversifiées et la réduction des implicites pédagogiques permettent de limiter fortement la surcharge sociale.
Les difficultés de cognition sociale ne relèvent donc pas uniquement des individus. Elles dépendent aussi des normes professionnelles, des environnements relationnels, des outils numériques et du niveau d’implicite des organisations.
ALYZO Fresques© organise des ateliers sur l’accessibilité cognitive « Troubles cognitifs et manières d’apprendre et de travailler »
Sources complémentaires
- La cognition sociale – La construction de la réalité et ses conséquences – François Ric, Dominique Muller – PUG, 2017
- Social Cognition and Schizophrenia, Vaskinn A., Horan W. P., Schizophrenia Bulletin, 2020
Questions – Réponses
Qu’est-ce que la cognition sociale ?
La cognition sociale correspond aux mécanismes cognitifs permettant de comprendre les situations sociales et les comportements d’autrui. Elle inclut notamment l’interprétation des émotions, des intentions, des sous-entendus et des règles sociales implicites.
Les difficultés de cognition sociale sont-elles un manque de savoir-être ?
Non. Les difficultés de cognition sociale ne traduisent pas nécessairement un manque de politesse, d’empathie ou de motivation. Elles peuvent être liées à des particularités neurodéveloppementales, à des troubles psychiques, à une surcharge cognitive ou à des environnements professionnels très implicites.
Pourquoi les interactions sociales peuvent-elles être très fatigantes ?
Les interactions sociales mobilisent fortement l’attention, les émotions, la mémoire de travail et l’interprétation des signaux relationnels. Les réunions longues, les ambiguïtés sociales, les open spaces ou les visioconférences successives peuvent provoquer une fatigue sociale importante.
Quels handicaps invisibles peuvent affecter la cognition sociale ?
Les difficultés de cognition sociale peuvent apparaître dans l’autisme, le TDAH, certains troubles psychiques, les traumatismes crâniens, certaines maladies neurologiques ou les situations de fatigue chronique et de surcharge émotionnelle.
Comment rendre les relations professionnelles plus accessibles ?
Certaines pratiques améliorent fortement l’accessibilité cognitive et relationnelle :
explicitation des attentes ;
clarification des implicites ;
feedbacks structurés ;
limitation des sous-entendus ;
diversification des modes de communication ;
sécurisation des interactions ;
reconnaissance de la diversité des styles relationnels.

