Les troubles cognitifs au travail et en formation occupent une place croissante dans les enjeux professionnels, d’apprentissage, de santé au travail et d’inclusion. Difficultés d’attention, oublis fréquents, lenteur cognitive, surcharge mentale, désorganisation ou fatigue cognitive peuvent fragiliser les apprentissages, la qualité du travail et le maintien dans l’emploi. Pourtant, ces difficultés restent souvent invisibles et mal comprises. Elles sont fréquemment interprétées comme un manque de motivation, de rigueur ou de compétence, alors qu’elles peuvent être liées à des troubles neurodéveloppementaux, psychiques, neurologiques, à des maladies chroniques ou à des environnements de travail devenus trop exigeants cognitivement.
Les troubles cognitifs ne concernent donc pas uniquement les maladies neurodégénératives (maladie d’Alzheimer, maladie de Parkinson…). Ils interrogent plus largement la manière dont les organisations conçoivent les activités, les outils, les procédures et les environnements de travail et de formation.
Comprendre les troubles cognitifs
Les fonctions cognitives correspondent aux mécanismes mentaux permettant de traiter les informations, apprendre, mémoriser, communiquer, s’organiser et interagir avec l’environnement.
Les principales fonctions cognitives sont :
- l’attention ;
- la mémoire ;
- les fonctions exécutives ;
- la planification ;
- la vitesse de traitement de l’information ;
- le langage ;
- les fonctions visuospatiales ;
- la cognition sociale.
Un trouble cognitif correspond à une difficulté durable ou fluctuante affectant une ou plusieurs de ces fonctions.
Ces difficultés peuvent apparaître dans des contextes très différents :
- troubles neurodéveloppementaux ;
- troubles psychiques ;
- traumatisme crânien ;
- AVC ;
- sclérose en plaques ;
- Covid long ;
- fatigue chronique ;
- vieillissement cognitif ;
- stress chronique ou épuisement professionnel.
Les troubles cognitifs sont souvent invisibles. Les personnes concernées développent fréquemment des stratégies de compensation importantes : contrôle permanent des erreurs, prise de notes intensive, hypervigilance attentionnelle ou suradaptation sociale.
Les performances peuvent également fluctuer fortement selon :
- la fatigue ;
- le stress ;
- la charge cognitive ;
- l’environnement sensoriel ;
- la pression temporelle.
Les différentes fonctions cognitives au travail et en formation
Attention
L’attention permet de sélectionner et maintenir les informations pertinentes malgré les distractions. Les environnements multitâches, les interruptions permanentes et les notifications numériques augmentent fortement la fatigue attentionnelle.
→ Voir l’article dédié : « attention au travail »
Mémoire
La mémoire joue un rôle central dans les apprentissages, les consignes et la gestion des tâches complexes. La surcharge cognitive fragilise particulièrement la mémoire de travail.
→ Voir l’article dédié : « mémoire au travail »
Fonctions exécutives
Les fonctions exécutives permettent de planifier, prioriser, s’adapter et prendre des décisions. Elles sont fortement sollicitées dans les environnements complexes et imprévisibles.
→ Voir l’article dédié : « fonctions exécutives au travail »
Planification
Organiser une activité, anticiper les étapes et gérer le temps mobilisent des capacités de planification souvent invisibles mais essentielles à l’autonomie professionnelle.
→ Voir l’article dédié : « planification des tâches »
Vitesse de traitement de l’information
Certaines personnes ont besoin de davantage de temps pour traiter les informations, surtout dans des environnements rapides et saturés cognitivement.
→ Voir l’article dédié : « lenteur cognitive au travail »
Langage
Comprendre des consignes, participer à une réunion ou rédiger un document mobilisent des mécanismes langagiers complexes souvent sous-estimés.
→ Voir l’article dédié : « troubles du langage au travail »
Fonctions visuospatiales
Lecture de schémas, repérage spatial, organisation visuelle ou utilisation d’interfaces complexes sollicitent fortement les capacités visuospatiales.
→ Voir l’article dédié : « difficultés visuospatiales au travail »
Cognition sociale
La cognition sociale permet de comprendre les implicites relationnels, les normes sociales et les attentes professionnelles non verbalisées.
→ Voir l’article dédié : « cognition sociale au travail »
Troubles cognitifs et situations de handicap
Les troubles cognitifs sont fréquents dans les situations de handicap invisible.
Les troubles neurodéveloppementaux peuvent affecter :
- l’attention ;
- l’organisation ;
- la mémoire de travail ;
- les interactions sociales ;
- le traitement des informations.
Les troubles psychiques influencent également fortement les capacités cognitives :
- anxiété ;
- dépression ;
- troubles bipolaires ;
- schizophrénie.
Les troubles neurologiques peuvent entraîner des difficultés importantes :
- traumatisme crânien ;
- AVC ;
- sclérose en plaques ;
- maladies neurodégénératives ;
- Covid long.
Le handicap cognitif dépend aussi fortement de l’environnement. Une activité peu accessible cognitivement peut créer des limitations importantes même chez des personnes très compétentes.
Troubles cognitifs et travail : des exigences mentales croissantes
Le travail contemporain sollicite fortement les capacités cognitives :
- surcharge informationnelle ;
- hyperconnexion ;
- accélération des rythmes ;
- multitâche imposé ;
- hyperréactivité attendue ;
- multiplication des outils numériques.
Les conséquences possibles sont nombreuses :
- erreurs ;
- fatigue cognitive ;
- surcharge mentale ;
- désorganisation ;
- difficultés relationnelles ;
- perte de confiance ;
- désinsertion professionnelle.
Les open spaces, les interruptions permanentes, les interfaces complexes et les changements fréquents de priorités augmentent fortement la charge cognitive.
Les difficultés cognitives sont encore souvent interprétées à travers des biais :
- « manque de motivation » ;
- « lenteur » ;
- « mauvaise organisation » ;
- « manque de savoir-être ».
Ces interprétations ignorent le rôle des environnements cognitifs et des limites humaines de traitement de l’information.
Troubles cognitifs et formation
Les apprentissages reposent fortement sur les capacités cognitives :
- concentration prolongée ;
- mémorisation ;
- traitement simultané des informations ;
- autonomie organisationnelle ;
- interactions sociales.
Les obstacles fréquents sont :
- surcharge des supports ;
- rythme pédagogique trop rapide ;
- implicites pédagogiques ;
- surcharge numérique ;
- fatigue cognitive.
Les évaluations sous contrainte temporelle majorent également les difficultés : doubles tâches, surcharge mnésique, fatigue mentale ou pression attentionnelle.
Lorsque les difficultés ne sont pas reconnues, les risques de décrochage augmentent :
- épuisement cognitif ;
- perte de confiance ;
- isolement ;
- désengagement.
Charge cognitive et surcharge mentale
La charge cognitive correspond à la quantité de ressources mentales nécessaires pour traiter une tâche.
Les organisations modernes augmentent fortement cette charge :
- multitâche ;
- notifications permanentes ;
- procédures complexes ;
- surcharge documentaire ;
- urgence permanente.
Cette surcharge peut entraîner :
- fatigue cognitive ;
- stress chronique ;
- burn-out ;
- désengagement cognitif ;
- diminution de la qualité du travail.
→ Voir l’article dédié : « charge cognitive au travail »
Accessibilité cognitive : un enjeu majeur
L’accessibilité cognitive consiste à rendre les informations, outils et procédures plus faciles à comprendre et utiliser.
Elle suppose notamment :
- langage clair ;
- hiérarchisation des informations ;
- limitation des doubles tâches ;
- réduction des implicites ;
- simplification des procédures ;
- ergonomie cognitive des outils.
L’accessibilité cognitive bénéficie à tous les salariés et apprenants, pas uniquement aux personnes en situation de handicap.
→ Voir l’article dédié : « accessibilité cognitive au travail »
Management et troubles cognitifs
Le management joue un rôle essentiel dans la prévention de la surcharge cognitive et de la désinsertion professionnelle.
Les managers peuvent :
- repérer les signes de fatigue mentale ;
- clarifier les priorités ;
- expliciter les attentes ;
- limiter les interruptions ;
- sécuriser les temps de concentration ;
- adapter les flux d’informations.
Certaines erreurs managériales aggravent fortement les difficultés :
- injonctions contradictoires ;
- hyper-sollicitations ;
- psychologisation des difficultés ;
- surinterprétation comportementale.
Numérique, IA et nouvelles contraintes cognitives
Le numérique transforme profondément les exigences cognitives du travail :
- multiplication des flux d’informations ;
- hyperconnexion ;
- surcharge documentaire ;
- fragmentation attentionnelle.
L’intelligence artificielle crée également de nouveaux enjeux :
- accélération des rythmes cognitifs ;
- surcharge liée à la vérification des contenus ;
- automatisation de certaines tâches cognitives ;
- dépendance aux outils numériques.
Ces transformations renforcent les besoins d’ergonomie cognitive et de prévention de la surcharge mentale.
Prévention et compensation des troubles cognitifs
Certaines stratégies individuelles peuvent être utiles :
- pauses cognitives ;
- routines de travail ;
- externalisation des rappels ;
- gestion des interruptions ;
- priorisation des tâches.
Les aménagements organisationnels restent cependant essentiels :
- environnement calme ;
- supports écrits structurés ;
- limitation du multitâche ;
- clarification des procédures ;
- outils numériques accessibles.
En formation, l’accessibilité cognitive suppose :
- segmentation des contenus ;
- reformulation des consignes ;
- supports pédagogiques accessibles ;
- diversification des modalités d’évaluation.
Pourquoi les troubles cognitifs sont un enjeu RH, QVCT et inclusion
Les troubles cognitifs interrogent directement :
- la prévention des risques professionnels ;
- la qualité de vie et des conditions de travail ;
- l’ergonomie cognitive des organisations ;
- l’inclusion des handicaps invisibles.
Les difficultés cognitives ne relèvent pas uniquement des individus. Elles dépendent aussi :
- des environnements de travail ;
- des outils numériques ;
- des procédures ;
- des normes implicites ;
- de l’organisation des activités.
Construire des environnements plus accessibles cognitivement constitue donc un enjeu majeur de soutenabilité du travail, de prévention de l’épuisement mental et d’inclusion durable.
ALYZO Fresques© organise des ateliers sur l’accessibilité cognitive « Troubles cognitifs et manières d’apprendre et de travailler »
Sources complémentaires
Collège des enseignants de neurologie, Evaluation clinique et fonctionnelle d’un handicap cognitif
Inserm, Atteinte cognitive dans le syndrome fibromyalgique
Questions – Réponses
Qu’est-ce qu’un trouble cognitif ?
Un trouble cognitif correspond à une difficulté affectant une ou plusieurs fonctions cognitives : attention, mémoire, langage, organisation, vitesse de traitement de l’information, planification ou interactions sociales. Ces difficultés peuvent être temporaires, fluctuantes ou durables.
Les troubles cognitifs concernent-ils uniquement les maladies neurologiques ?
Non. Les troubles cognitifs peuvent apparaître dans de nombreuses situations :
TDAH ;
autisme ;
troubles dys ;
troubles psychiques ;
traumatisme crânien ;
sclérose en plaques ;
Covid long ;
fatigue chronique ;
burn-out ;
vieillissement cognitif.
Pourquoi les troubles cognitifs sont-ils souvent invisibles ?
Les personnes concernées développent fréquemment des stratégies de compensation importantes : prise de notes intensive, contrôle permanent des erreurs, hypervigilance ou suradaptation sociale. Les difficultés peuvent également varier selon la fatigue, le stress ou la charge cognitive.
Quel lien existe-t-il entre troubles cognitifs et charge cognitive ?
Les troubles cognitifs augmentent souvent le coût mental nécessaire pour réaliser certaines tâches. Inversement, des environnements de travail trop complexes, multitâches ou saturés d’informations peuvent créer ou aggraver des difficultés cognitives, même chez des personnes sans trouble identifié.
Comment rendre le travail et la formation plus accessibles cognitivement ?
Certaines pratiques améliorent fortement l’accessibilité cognitive :
langage clair ;
simplification des procédures ;
hiérarchisation des informations ;
limitation du multitâche ;
réduction des interruptions ;
supports structurés ;
outils numériques plus ergonomiques ;
pauses cognitives ;
explicitation des attentes et des implicites.

